Closerie des Lilas, c. 1920
Le mouvement surréaliste fut toujours plus littéraire que pictural, surtout dans ses années de naissances. Néanmoins des peintres et sculpteurs sont des compagnons de route du mouvement, et Breton se voit contraint de réfléchir au moyen d’intégrer leur travail dans le mouvement et peut-être, d’orienter leurs pas. Il n’est pas dépourvu d’intérêt de noter qu’en plusieurs occasions – avec Miro, Chirico, Giacometti, et d’autres – Breton va « excommunier » les artistes du mouvement dès que leur style changera. Il ne leur laisse pas le droit d’évoluer : c’est sa pensée de leur création qui la fait exister, pense-t-il. Dans Le Surréalisme et la peinture il cadre la place de la peinture et donne ses directives. Ainsi de Miró il écrit : ’L’imagination pure est la seule maîtresse de ce qu’au jour le jour elle s’approprie, et Miró ne doit pas oublier qu’il n’est pour elle qu’un instrument. Son œuvre, qu’on le veuille ou non, engage un certain nombre de notions générales à la révision desquelles d’autres que lui sont attachés."
Carnaval d'Arlequin, 1924
Juan Miró
D’autres peintres ont accompagné, volontairement ou non, les premiers pas du Surréalisme : Chirico, dans sa période métaphysique (qui coïncide avec son séjour rue de Notre-Dame-des-Champs à Montparnasse dont il peindra la gare) avant que son curieux retour au classicisme ne lui attire les foudres horrifiées de Breton ; Ernst, bien sûr, le ‘peintre des illusions’, qui saura évoluer des collages vers l’huile, sans renier le sens de l’étrange qui anime ses compositions, et même d’inventer à partir de 1925 une technique – du grattage et du raclage – qui s’apparente dans son résultat à la mise à jour des secrets enfouis de l’inconscient. Finalement la première manifestation du groupe dans le domaine des arts plastiques aura lieu à la galerie Pierre en novembre 1925. Miró y expose le Carnaval des arlequins et Max Ernst l’une des œuvres phares du surréalisme, Deux enfants menacés par un rossignol. Les autres participants sont Masson, Pierre Roy, Arp, Man Ray. Le catalogue est écrit par Breton et Desnos, dont on sent qu’ils se livrent avec délice à un exercice qui constitue à introduire tous les titres des tableaux dans leur texte romancé. Ils concluent : « Désormais la nuit est reine ; rien ne saura émouvoir ceux dont elle comble les maisons et les cœurs, - rien, pas même le silence, à peine un dialogue d’insecte. »
André Breton devant une toile de
Giorgio de Chirico
André Breton n’est pas content car il vit sur les flancs de Montmartre mais le Montparnasse des années folles devient rapidement l’épicentre du surréalisme en France.
Juan Miró et André Masson s’y installent, rue Blomet, en 1921, et avec ce dernier, les poètes surréalistes. Masson est beaucoup mieux introduit dans les milieux artistiques. Il est un intellectuel qui a beaucoup lu et sa connaissance des romantiques allemands lui vaudra toute l’attention du célèbre marchand Kahnweiler. La rue Blomet sera le berceau du surréalisme pictural. Les soirées se passent entre peintres – Tanguy, Arp, Masson, Miró et aussi Max Ernst – et écrivains – Armand Salacrou, Michel Leiris, Limbour, Roland Tual, Antonin Artaud, Desnos et parfois Hemingway que Masson a connu chez Gertrude Stein.
Le Rendez-vous des Amis, Max Ernst, 1922
huile sur toile, 130 x 195 cm. Musée Ludwig, Cologne
Sont représentés de gauche à droite
1er rang : René Crevel, Max Ernst (sur les genoux de Fyodor Dostoyevsky)
Théodor Fraenkel, Jean Paulhan, Benjamin Péret, Johannes Th. Baargeld, Robert Desnos
2ème rang : Philippe Soupault, Hans Arp, Max Morise, Raffaele Sanzio, Paul Eluard,
Louis Aragon,André Breton, Giorgio de Chirico, Gala Eluard
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